
Les rituels – massivement analysés en sciences sociales et dont la définition est l’objet de controverses – impliquent le plus souvent une immersion sensorielle dans un univers sonore, olfactif et visuel très prenant. Ils allient les mouvements réglés des corps à des sons, à des odeurs, généralement lors d’une manifestation publique. Les êtres qui participent à la chorégraphie rituelle, orchestrée selon une chronologie précise et située à un moment défini, mettent en place des réalités particulières, notamment des relations : entre eux mais aussi avec des entités non-humaines (dieux, esprits, ancêtres, animaux, objets, etc.). Les rituels permettent ainsi aux individus de reconduire les relations et les valeurs propres à leur culture d’appartenance et d’en maîtriser les règles. Ils leur permettent aussi d’être reconnus comme des membres compétents et respectueux de leur communauté, de trouver et de prouver leur place en son sein. Dans ce sens, les rituels doivent figurer dans notre recherche, même si c’est pour en constater la disparition. En effet, l’isolement forcé et donc l’interdiction des rites en co-présence ont fait violence à notre socialité.
Interview de Prianka par Ariane :
Raconte-moi un peu ton histoire
Je m’appelle Priyanka, je vis dans un village appelé Navatkuly au nord du Sri Lanka. J’aime beaucoup les choses créatives et j’aime étudier.
Peux-tu me parler de ta religion ?
Il y a beaucoup de dieux dans notre religion – l’hindouisme – comme Shiva, Pillaiyar, Murugan, Amman, Lakshmi, Anjaneya. Habituellement, un ou deux temples (parfois plus) se trouvent dans chaque village.
De nombreux jours dans l’année sont propices à pratiquer les pujas. Mais, surtout, il y a la fête du temple qui est célébrée chaque année pour commémorer le jour où un temple a été construit et son premier puja exécuté. Il est célébré pendant un nombre différent de jours comme 10 jours, 15 jours, 21 jours. Notre temple a un rituel de 10 jours chaque année. Pendant cette célébration, les gens jeûnent et ne mangent que de la nourriture végétarienne ; ils visitent le temple quotidiennement pour assister à des pujas et effectuer des rituels. De la nourriture est distribuée gratuitement. Ceux qui accomplissent des pujas sont appelés « gourous ». Les pujas sont exécutées chaque jour par ces derniers qui chantent des mantras et saupoudrent des fleurs. Ces dernières sont essentielles à nos dieux ; quand nous allons au temple, nous en cueillons pour les adorer.
Cette année tu as dit que c’était un peu difficile comparé aux autres années ?
Oui, avec la situation actuelle [le Sri Lanka vit une lourde crise économique]. Il y a eu des jours où il n’y avait pas assez de nourriture pour tout le monde, les gens pauvres venaient avec leurs enfants très tôt, avant que le rituel ne commence, pour avoir de la nourriture. Il y avait beaucoup plus de personnes que d’habitude, certains n’étaient pas hindouistes, ils venaient aussi en espérant avoir à manger. S’ils n’avaient rien, ils repartaient sans un mot. Ce n’était pas comme les autres années…
Chaque jour une famille différente prépare à manger ? Comment les familles sont choisies ?
Ce sont les familles qui proposent de prendre des jours. Dans ce cas, 9 familles ont pris des jours, il en restait un alors nous l’avons pris. Les personnes le font car c’est une manière d’honorer les dieux et ainsi ils peuvent leur demander des faveurs.
Comment te sentais-tu quand tu as participé à ce rituel ?
L’expérience a été vraiment agréable. Les 10 jours se sont bien passés. C’est en effet un événement joyeux pour les habitants du village ; nous aimons nous rassembler en un même endroit pour préparer la nourriture, laver et nettoyer le temple, le décorer, mettre des fleurs et accomplir le culte. Tous les garçons se rassemblaient, dansaient et jouaient.
L’atmosphère paisible du temple est l’une de mes préférées ; c’est un lieu de paix d’esprit.
Des choses spéciales ont été faites pour le rituel ?
Ces jours-là, c’est la nourriture préférée des dieux qui est préparée, c’est-à-dire : Pongal au sucre, Vadai, Mothagam, Aval, Kadlai…. La nourriture non végétarienne est contraire à notre religion. Par conséquent, nous préparons la nourriture mentionnée ci-dessus et la créons d’abord pour les dieux. Après toutes les pujas, nous la distribuons aux enfants, aux personnes âgées, aux pauvres et aux nécessiteux qui viennent au temple.





Dans l’ordre des nourritures évoquées ci-dessus
La religion a une grande place dans ta vie…
La religion est importante dans la vie d’une personne ici. Il y a beaucoup de miracles et d’espoirs à notre époque. Moi et ma famille croyons vraiment aux dieux. Une chambre toujours propre leur est réservée dans chaque maison.
Le vendredi est un jour spécial pour nous, c’est un jour saint durant lequel nous nous levons très tôt et nettoyons la maison ; nous mangeons uniquement végétarien. Nous mettons de l’encens et allons au temples pour célébrer les dieux. Chaque matin et soir, nous allons prier dans la salle sacrée de la maison avec des fleurs et des bougies. La foi est intimement liée à nos vies.