Photographie : Guillaume Perret

La fatigue. La fatigue qui fatigue. Mon dos qui me torture même sous anti-douleurs. Je ne pleure pas, ou très peu. Parfois, j’ai l’impression que ça fait trois ans que je n’ai pas vraiment pleuré, même seule. Avec mes soeurs, on rigole en disant que c’est de la masculinité toxique. Ce n’est pas très sain mais, cette semaine, quand je me suis réveillée la nuit à cause de la douleur et qu’en me levant de mon lit mes jambes ne m’ont pas retenue, j’ai pleuré. Il était 3 heures du matin et je savais que tout le monde allait se réveiller dans une heure pour sûr. J’ai pleuré pendant une demi-heure et par fierté, j’ai rejoins ma famille après m’être calmée en me disant que c’était à cause de la douleur (c’est toujours ce que je me dis un peu). Mais je ne crois pas, c’était étrange, je ne me suis pas reconnue.

Il y a une mouche dans ma chambre qui est particulièrement bruyante et elle me distrait. J’ai essayé de la tuer trois fois sans succès. J’abandonne,

C’est bizarre de pleurer. Je ne sais pas depuis quand je considère cela comme quelque chose de vulnérable, mais attention, que chez moi. Il ne faudrait surtout pas que je m’accorde le même traitement que j’ai envers les autres (ironie). Mais sincèrement, les autres qui pleurent, je n’en pense rien, à chaque cas son cas, je ne porte aucun jugement. Le jugement, il se tient sur moi, pour tout. Je ne sais pas trop quand je suis devenue celle que je vois le matin en me lavant le visage. Mais parfois, je me demande où l’autre est passée.

Avant que ma maman n’ai donné la vie à trop d’enfants, elle faisait des étude d’ethnologie à l’Université de Neuchâtel. On a pleins de livres de philosophie et l’autre jour, j’ai ramassé un type de dictionnaire avec plein de citations d’auteurs différents, accompagnées de leur analyse. Et je ne sais plus lequel disait ça (je ne veux peut-être pas qu’on puisse vérifier si mon interprétation de sa réflexion est correcte) mais un philosophe expliquait que durant notre vie, on crée une multitude de versions de soi-même. Que nous ne portons simplement pas la même identité tout au long de notre existence et que notre personnalité, elle aussi, s’adapte, tout simplement.

Je trouve cette vérité effrayante. Déjà, qu’est-ce qui définit un changement ? La ligne est si fine. Un développement est inévitable.

Mes phrases sont assez moches et je l’avoue, j’ai un peu la flemme (la preuve, j’utilise le mot flemme pour un devoir de rédaction, décidément, il ne me réussit pas ce confinement ;)) de sincèrement écrire le train de questions qui a suivi ma lecture mais la conclusion de tout cela, c’est qu’il est dommage que je ne sois plus la *mon prénom* d’autrefois. Moins d’inquiétudes face à tous, une vie simple. Et la réalisation frappante aujourd’hui que quand on ne sait pas, on ne sait pas, mais quand on sait, on ne peut pas dé-savoir.

Finalement, ce confinement me fait passer plus de temps avec moi-même que ce dont j’ai envie. Mais je soutiens que j’en ai besoin. Tout ce que ce confinement me procure me semble sain, presque vital par moment.

Cette septième semaine de confinement se résume à mon dos, et à l’évidence que ces larmes, c’était beaucoup de choses. J’ai très bien dormi après.

Ce témoignage provient d’un journal de confinement online tenu par des gymnasiens et gymnasiennes