
#humansofpandemics. Printemps 2020. Une situation qui m’a interpellée s’est déroulée le jeudi de la première semaine de confinement. Je vis avec ma colocataire et mon copain. Ce dernier se souvient alors qu’il a laissé son vélo à la gare et décide de sortir pour aller le chercher. Ma colocataire et moi-même l’accompagnons, cela nous fera prendre l’air après un début de semaine passé sans sortir, sauf pour aller faire les courses. Sur le chemin du retour, nous marchons les trois côte à côte sur un trottoir lorsque mon copain nous dit, en pointant du doigt une voiture juste derrière nous, que son conducteur venait de faire un geste de désapprobation en nous regardant du volant de sa voiture. Notre réaction directe a été de plaisanter en disant qu’on aurait dû porter des t-shirts assortis avec écrit dessus « nous vivons ensemble ! ».
En temps normal, cette activité serait passée complètement inaperçue. Cependant, il semblerait que dans ces circonstances particulières, trois personnes proches qui marchent de manière assez détendue, et ne portent pas sur elles de sacs de courses ou autres signes qui auraient pu indiquer qu’elles étaient sorties « pour une bonne raison », attirent l’attention et peuvent potentiellement susciter la réprobation d’autrui. Ce moment m’a paru confirmer la redéfinition de la notion « d’incivilité » et du caractère « moralement répréhensible » des rencontres et rassemblements dans l’espace public. Il démontre bien que, malgré notre apparence décontractée, nous n’étions pas complètement serein-e-s à l’idée de nous balader ou en tout cas de donner l’impression que nous nous baladions sans but précis, juste pour le plaisir. En effet, notre réaction immédiate sur le ton de l’humour cachait aussi notre envie de nous justifier auprès des personnes qui pourraient croire à tort que nous étions des ami-e-s qui avions décider de nous rejoindre et d’enfreindre ainsi la distance sociale imposée.
Anouk Rieben
Ce témoignage nous a été partagé par le site Co-vies20