Bonjour, comment vas-tu ?

Je vais bien.

Je vais t’interviewer pour un programme dirigé par une université suisse. Veux-tu répondre à mes questions?

Oui, je suis d’accord.

Est-ce que tu veux me raconter ton enfance ?

Bonjour, je m’appelle Selvan. Je vis dans un village dans lequel il y a un programme de logement, Navathali. J’ai trois frères. J’ai 20 ans. Je suis une personne calme depuis mon enfance. J’ai fait ma petite école à Jaffna et ma scolarité à l’école de Navathali. Depuis mon enfance, je suis très intéressé par les sports de village. J’aime jouer à des jeux comme le bowling, le cricket et cache-cache.

Qui t’a dit de faire pousser les cheveux comme ça ?

Personne ne l’a dit. J’adore faire pousser mes cheveux de cette façon.

Cela t’embête-t-il de ne pas avoir de sœurs et d’être quatre garçons dans ton foyer ?

J’aimerais avoir une sœur. Cela aurait été mieux si j’avais eu une sœur cadette.

Quel est le premier rituel dont tu te souviens quand tu étais enfant ?

La première cérémonie que j’ai vue était le mariage de la sœur de ma mère. Nous sommes chrétiens. Elle s’est donc mariée chrétiennement.

Je suis hindou donc je ne connais pas le mariage chrétien, peux-tu l’expliquer ?

La dot n’est pas importante dans le christianisme. Les femmes doivent porter des vêtements blancs. L’homme et la femme se marient dans l’église, ils échangent des anneaux. Le thali [collier en or échangé durant un mariage hindou] n’est pas obligatoire. La bague, par contre, est importante.

Te souviens-tu d’un moment difficile dans ta vie ?

J’aime beaucoup mon oncle. Lorsque j’avais 11 ans, il a tenté de rejoindre illégalement l’Australie en bateau. J’avais décidé de l’accompagner. J’étais jeune, mais je ne voulais pas être loin de lui. C’est pourquoi j’ai choisi de partir avec lui. J’ai séjourné chez mon oncle pendant un mois et c’est là que nous avons pris la décision de nous rendre en Australie. Le climat était rude à cette époque. Vent fort et pluie. J’ai finalement quitté mon oncle et suis rentré chez moi. Le lendemain, je suis revenu, convaincu que j’allais le retrouver. Cependant, mon oncle était parti en Australie. Mais il ne l’a jamais atteinte. Il n’y a toujours pas d’informations à son sujet. Quelque chose lui est arrivé. Il n’est plus parmi nous. J’aurais aimé l’accompagner ce jour-là.

Tu es en vie maintenant parce que tu n’es pas allé avec lui. Alors Dieu t’a sauvé ?

Non, je ne pense pas. Je regrette seulement de ne pas avoir pu accompagner mon oncle. Je l’aimais beaucoup. Il est comme n’importe quel père ou mère pour moi. C’était la chose la plus difficile dont je puisse me souvenir dans ma vie.

Te souviens-tu d’une injustice que tu as subie ?

Il y a deux ans, je conduisais une fois une moto avec mon ami. La police nous a alors arrêtés sur la route. Ils se sont approchés et ont demandé nos cartes d’identité. Lorsqu’on voyage en véhicule, il est impératif d’avoir sur soi des documents tels que la licence du véhicule et le permis de conduire. En tant que citoyen de notre pays, il n’est pas obligatoire de sortir avec sa carte d’identité. C’est pourquoi nous ne l’avions pas prise, mais nous avions tous les papiers du véhicule. Nous avons présenté au policier tous les documents, pourtant ils m’ont conduit au poste de police en insistant sur l’importance de la carte d’identité. Je n’étais pas le conducteur, c’était mon ami qui conduisait. Malgré cela, ils m’ont menotté et emmené au poste. Je trouve cela injuste, car je n’avais rien fait de mal.

Regardes-tu des films romantiques à la télévision ?

Je regarde rarement des films tamouls, principalement des films en anglais.

Comprends-tu les films en anglais ?

L’histoire et la langue ne sont pas importantes. L’image et les visuels sont importants. Donc je préfère les films en anglais. Titanic est mon film romantique préféré. C’est un beau film basé sur une histoire d’amour sacrée.

Que penses-tu du mariage d’amour ?

L’idéal est d’être amoureux et de se marier avec le consentement parental. C’est mon souhait. Mes parents ont aussi eu un mariage d’amour. Ils sont tombés amoureux et l’ont dit à leurs parents et se sont mariés avec leur consentement. Ils vivent heureux.

Si tes parents te fiancent à une fille sans que tu sois tombé amoureux, ne te marieras-tu pas ?

Pas comme ça. Le mariage est quelque chose qui nous accompagnera jusqu’à la fin de notre vie. Cela devrait être fait avec quelqu’un que nous aimons. Il devrait y avoir une unité, une compréhension. Pour s’aimer, il faut que je la connaisse et qu’elle me connaisse. On se comprendra mieux. S’il s’agit d’un mariage arrangé, le mariage prendra fin avant que nous nous comprenions tous les deux. Je ne connaitrai pas ses goûts et ses dégoûts et elle ne connaitra pas les miens. Donc, à mon avis, le mariage d’amour est le meilleur.

J’ai une autre question, généralement ici, les parents donnent une dot pour les mariages arrangés. Ils donnent un logement, des terres, de l’or et de l’argent. Par conséquent, si le mariage est arrangé par les parents, il n’est pas nécessaire d’acheter de maison ou d’or. Vous pouvez vivre votre vie avec votre argent durement gagné. Pour un mariage d’amour, les parents ne donneront pas de dot et les mariés devront tout acheter eux-mêmes. Quelle est ton opinion à ce sujet ?

Lorsque nous tombons amoureux, il n’est pas nécessaire de se dépêcher et de se marier. Je veux obtenir un bon emploi et que ma femme en ait un aussi. Jusque-là, nous serons tous les deux amoureux puis quand nous aurons un assez bon travail, nous nous marierons.

La dot est-elle une bonne ou une mauvaise chose ? Il n’y a pas de place pour le mot dot dans les pays étrangers. La dot n’est pas obligatoire. La dot est une pratique tamoule. Alors, qu’est-ce que tu en penses ?

[Selvan intervient] : Compte tenu de l’état de notre pays, la dot est la bonne chose à faire. Tous les pays étrangers sont des pays développés. Il n’y a pas de problème d’économie. Mais notre pays n’est pas comme ça. Notre pays est un pays économiquement arriéré. Par exemple, si un homme est riche et aisé, il peut épouser une femme pauvre sans dot. Mais si un homme est pauvre et une femme est pauvre, si les deux se marient sans dot, leur vie sera en crise économique et leur vie ne passera pas à l’étape suivante, leur vie restera pauvre […] Connaissez-vous l’état de notre pays ? Rien ne peut se faire sans argent. Donc si je suis pauvre et que la femme que j’épouse est pauvre, il nous sera difficile de mener notre vie. Donc au moins une personne devrait avoir de l’argent. Si notre avenir doit être léger et bon, alors la dot est importante.

[Selvan intervient] : Je ne suis pas d’accord avec son opinion. Mes parents ont eu un mariage d’amour. Mon père n’a pas pris de dot à ma mère. Jusqu’à présent, rien n’a été dit sur la dot. Quand ils se sont mariés, mon père a utilisé son argent pour tout faire pour ma mère.

[Maravan répond] : À cette époque, son père avait des ressources financières. Il n’a donc pas pris de dot. C’est ce que j’ai dit en premier. L’une des deux parties à se marier doit être financièrement capable. Si l’homme est financièrement capable, il peut se marier sans prendre de dot.

[Selvan répond] : Je n’ai pas besoin de dot. Les parents de la fille peuvent donner n’importe quoi à leur enfant s’ils le veulent. Il n’est pas obligatoire de donner une dot.

[Prianka demande aux femmes ce qu’elles en pensent : elles sont toutes contre la dot au contraire des hommes qui y sont tous plutôt favorables. Aanya, l’une des femmes, rétorque : « Les hommes sont les destinataires de la dot, pas les donneurs. Voilà pourquoi ils disent que ça va. »]

Comment t’entends-tu avec tes proches à la maison ?

J’ai une bonne relation avec ma mère et mon père à la maison. Ma mère est comme une sœur pour moi. Si j’avais eu une sœur aînée, j’aurais joué avec elle, je l’aurais taquinée, j’aurais bavardé avec elle. Tout cela je le fais avec ma mère. De même, j’ai un respect craintif pour elle. Si j’ai besoin de quoi que ce soit, mes parents le comprennent et le font dès que je demande.

Quand tu te marieras, comment seras-tu avec ton beau-père ?

Je m’entendrai bien avec lui comme avec mes parents.

As-tu un surnom dans le village ?

Ils m’appellent Agni. Cela signifie « feu ». Il y a une raison à ce nom. Mon ami et moi nous sommes disputés une fois quand nous étions enfants et une bagarre a éclaté. Je l’ai frappé dans ce combat et je me suis blessé. J’ai gagné ce combat. Pendant que l’on se battait, il a dit, « je suis un feu ». À quoi j’ai dit, « je suis un feu ». Depuis, tout le monde m’appelle Agni.

Représentation d’Agni, le Dieu du feu.

Qu’est-ce qui t’inquiète le plus dans la vie ?

Mon souci est que je n’ai pas un bon travail. Nous sommes 6 à la maison. Je suis le premier enfant. Père nous soutient tous par son propre travail. Donc je veux aussi en trouver un bon et offrir une pause à mon père. Mais maintenant je n’ai pas un bon travail pour ça et je le regrette.

Que penses-tu de la liberté des femmes en Suisse ?

[Maravan répond] : Leur indépendance est positive. La technologie y a progressé. Il y a des caméras partout. Donc, s’il y a un problème à n’importe quel endroit, la police viendra à cet endroit. Ainsi, les femmes sont également plus protégées. Grâce à cela, elles peuvent se déplacer librement.

[Selvan rétorque] : Leur liberté est une mauvaise chose. Contrôler les femmes dans notre pays est une bonne chose. Parce que s’il y a un contrôle, elles le suivront et vivront moralement. Les femmes de tous les pays étrangers peuvent sortir et revenir à tout moment chez elles. Elles peuvent aller dans un bar sans le contrôle d’un homme. Si cette pratique arrivait aussi dans notre pays, toutes les femmes seraient-elles ordonnées à la maison ? Non. À quelle heure sortent-elles le soir et à quelle heure rentrent-elles chez elles ? Cela ne convient pas à notre culture. En plus de cela, il y a de la liberté pour tout. Une femme n’est pas obligée de vivre avec un seul homme. Elles changent quand elles veulent. Une fille ne traîne pas avec un petit ami, elle traîne avec beaucoup d’hommes. Cela ne convient pas à notre culture.

[Maravan répond] : ce que tu dis est faux. La civilisation dans un pays étranger est en quelque sorte la façon dont les femmes doivent être là-bas. Quand les étrangers viennent dans notre pays, nous les voyons différemment. De même, lorsque nous allons dans un pays étranger avec notre culture, les gens de ce pays nous voient d’une autre manière. C’est normal. On ne peut donc pas blâmer la liberté des femmes étrangères.

[Selvan] : En gardant notre culture à l’esprit, leur liberté pourrait survivre, il me semble.

Maravan : Donc, tu dis que la liberté dont jouissent les femmes en Suisse est mauvaise ?

[Selvan] : Je ne dis pas que c’est mal. Je pense que ce serait parfait si c’était dimensionné.

Eh bien, par exemple, si tu te mariais et déménageais avec ta famille dans un pays étranger, comment guiderais-tu ta femme là-bas ?

Elle devrait être comme elle est ici. Il n’est pas nécessaire de s’adapter à la culture de ce pays. Nous sommes des Tamouls, donc nous devons vivre avec la culture de notre pays partout où nous allons.

Ton avis est-il correct ? Ici, quand on sort, on peut porter un sari, un vêtement complet, etc. Mais si nous partons à l’étranger et que nous sortons habillés comme ça, tout le monde nous regardera comme si nous étions ridicules. S’ils ne veulent pas nous voir comme ça, alors ne devrions-nous pas nous habiller en fonction de leur pays ?

Pourquoi cela ? Pourquoi devrions-nous vivre en regardant les autres ? Nous devons être dignes. Nous sommes tamouls. Donc, si nous partons à l’étranger, ce n’est pas comme si nous devions complètement oublier notre culture. Suivre leur culture à moitié, c’est bien.

Ne laisserais-tu pas ta femme tout faire ?

Je ne la laisserai pas partir seule. Je la sortirai si elle en a besoin.

Que penses-tu des femmes tamoules qui ne respectent pas les règles culturelles ?

Il n’y a pas de fautes si les personnes agissent sans nuire aux autres. Par exemple, tout le monde à la maison me dit de ne pas laisser pousser mes cheveux. Mais je le fais. Ce n’est pas mal s’il n’y a pas de dérangement pour les autres. Mais selon notre culture, les femmes ont un code vestimentaire et elles doivent le respecter. Si elles ne le faisaient pas, ce serait un manque de respect et cela ferait une mauvaise réputation pour leurs parents.

Et le deuxième mariage est-il acceptable ? Par exemple, si le mari est mort. Si la femme a des enfants adultes, peut-elle se marier une seconde fois si ces derniers sont également mariés et partis de la maison ?

Oui, dans ce cas, elle peut se marier une deuxième fois. Ce n’est pas une erreur.

[Maravan répond] : Non, c’est une erreur. Si ses enfants sont là pour la protéger, elle n’est pas obligée de se marier une seconde fois.

Que peut-elle faire seule si ses enfants sont mariés et partis seuls ?

[Selvan intervient] : Oui, dans ce cas, elle peut se marier une deuxième fois. Ce n’est pas une erreur.

[Maravan répond] : Non, elle ne devrait pas faire ça. Si elle a plus de 45 ans, elle n’a pas à se remarier. Elle aurait dû partir avec ses enfants.

[Selvan] : Non non. Elle peut se marier une seconde fois. Il y a une histoire similaire dans le christianisme, mais je ne m’en souviens pas exactement.

Je veux te poser une question. Si tu ne veux pas répondre, pas de problème. Selon la culture tamoule, il existe une pratique de caste. Qu’est-ce que tu en penses ?

La caste est une mauvaise chose. Jusqu’à présent dans ma vie, je n’ai pas été affecté par la caste.

Merci beaucoup d’avoir répondu à toutes mes questions.

Cette entrevue a eu lieu lors d’une conversation entre cinq jeunes et Prianka. En cliquant ici, vous pouvez découvrir les réponses des autres participants.

Ce portrait a été réalisé par Priyanka Kirushnakumar

Tous les noms propres et lieux mentionnés dans ce texte ont été modifiés afin de préserver une part d'anonymat.