
Peux-tu me parler un peu de ton enfance ?
Je m’appelle Prianka. Je suis née en 2001. Je vis dans un village nommé Navathali. J’ai deux sœurs et un frère. J’ai été très intéressée par les études depuis l’enfance grâce aux encouragements de mes parents.
Quand je rentrais de l’école, je jouais avec mes frères et sœurs ainsi que mes cousines (du côté de mon père). Mes parents ne nous laissaient pas sortir pour jouer. Il y a un terrain à côté de notre maison qui nous appartient, c’est là que nous allions. Mes sœurs et moi venions voler le riz et les légumes de la cuisine à l’insu de ma mère, puis nous jouions ensemble à cuisiner du riz et du curry dans des petites casseroles. Nous préparions un four avec des petites pierres, allumions le feu et cuisions du poisson à la noix de coco dans un récipient. Ce sont de beaux souvenirs. Quand nous étions enfants, nous n’avions pas de soucis, nous avions toujours assez de nourriture. Je n’avais pas conscience des souffrances endurées par mes parents pour fournir cette nourriture, parce que j’étais jeune. Je ne connaissais pas les problèmes dans notre pays et les difficultés que nous traversions. Je me réveillais le matin, terminais mes tâches quotidiennes, me préparais pour l’école. Maman préparait le petit-déjeuner, parfois maman m’obligeait à manger si je n’avais pas faim, pas seulement pour moi, aussi pour mon frère et mes sœurs. Ensuite, papa nous emmenait à l’école sur sa moto. J’étais cheffe de la classe pendant mes études, je devais donc aller à l’école avant les autres élèves et signer un document. Chaque élève a des responsabilités différentes, la mienne était d’aller à l’école tôt le matin et de nettoyer la bibliothèque.
Le nom de ma meilleure amie est Meera. Aussi loin que je me souvienne, elle a été ma meilleure amie, depuis l’âge de 5 ans jusqu’à maintenant. Elle a étudié dans ma classe avec moi. Elle a fait beaucoup de choses pour moi, elle m’a beaucoup aidée. Elle était étudiante en même temps que moi à l’école. Si un jour j’étais en retard pour nettoyer la bibliothèque, elle nettoyait à ma place pour que je ne me fasse pas réprimander.
Si nous manquions l’école, nous devions donner une lettre de nos parents et la remettre à notre professeur de classe le lendemain. Si j’oubliais, elle écrivait la lettre et allait demander à mes parents de la signer. Les jours où je n’allais pas à l’école, elle m’expliquait les leçons enseignées par le professeur. C’est vraiment une belle personne. Je devrais remercier les Dieux d’avoir une amie comme elle.
Ce que je redoutais et détestais le plus pendant mes études était l’examen. Selon notre système éducatif national, 3 examens ont lieu par an pour toutes les classes. 20 à 30 jours de vacances sont accordés après la fin de chaque examen. Pendant la période des examens, d’un côté j’étais contente de penser aux vacances, mais de l’autre j’avais peur ; mon père accorde beaucoup d’importance aux études. Papa m’a donné 2 choix dans mon enfance : soit je devais arriver première à l’examen, soit je devais marquer plus de 85 points en mathématiques et en anglais. Je devais obtenir l’une de ces deux choses sinon, il me réprimandait. Cela signifie qu’il ne me parlait plus beaucoup, ne m’emmenait pas faire des activités, ne me laissait pas jouer, me demandait de relire encore et encore mon examen raté. Donc, si je voulais passer des vacances scolaires agréables, je devais surpasser les autres élèves de la classe ou obtenir plus de 85 en mathématiques et en anglais. Les parents des autres élèves de ma classe n’étaient pas tellement intéressés par l’éducation. On ne demandait pas aux enfants de lire. Ils étaient toujours autorisés à jouer. En les regardant, je les enviais. C’est une chose que je n’aimais pas chez mon père à l’époque. Mais, je fais maintenant un bon travail grâce à l’importance mise par mon père sur nos études. Aucune des personnes qui étudiaient avec moi dans ma classe, qui habitaient dans mon village ou le village voisin, ne savait parler anglais. Je peux parler anglais, je peux donc voyager seule dans n’importe quel pays du monde. C’est parce que mon père m’a encouragée à étudier l’anglais dès mon plus jeune âge. Je pense que si mon père m’avait permis de jouer librement comme les autres parents, j’aurais été sans connaissance de l’anglais comme eux. Maintenant, je comprends que ce que je détestais chez mon père quand j’étais enfant était ce qu’il y avait mieux pour moi.
Si ma sœur et moi nous battions pour de petits problèmes, je n’abandonnais pas. Cela commençait par une petite bagarre et cela dégénérait en nous tirant les cheveux. Je ne leur prêtais pas mes affaires. Par exemple, mon père avait l’habitude d’acheter les stylos, les vêtements, les bijoux et les jouets pour nous trois. Parfois, elles gaspillaient leurs affaires et voulaient prendre les miennes, mais je ne les leur prêtais pas. Maintenant, je le regrette beaucoup. Pourquoi je faisais ça ? je n’aurais pas dû, je n’étais pas une bonne sœur. Je ne sais pas si c’est à cause de mon âge. Je regrette d’avoir raté le temps durant lequel ils étaient avec moi. Quand nous étions tous les quatre ensemble, nous perdions du temps à nous battre. Maintenant que je suis sans eux, tous ces beaux jours me manquent. Je les aime vraiment beaucoup tous les trois. Ils vivent maintenant une belle vie dans un bon pays. J’en suis très heureuse. Quand ils reviendront me voir, je ne me battrai avec eux sur rien. Je serai aimante et unie avec eux. Je prie pour qu’ils soient toujours heureux.
Quelle a été la plus grosse erreur que tu as commise quand tu étais enfant ?
Je n’ai pas fait de grosses erreurs. Si je fais une erreur aujourd’hui c’est de me ronger les ongles. Je ne devrais pas le faire ; j’essaie d’abandonner cette mauvaise habitude. Il me reste deux mois pour mon mariage, donc je dois avoir de beaux ongles, alors j’ai décidé d’arrêter. On verra si j’y arrive.
Quel est le premier rituel dont tu te souviens quand tu étais enfant ?
J’avais 10 ans quand mon frère est né. Le 41e jour après sa naissance, il a été placé sur les genoux de son oncle et s’est fait raser la tête. Puis, lorsque ses dents ont poussé, une autre cérémonie a été effectuée pour lui. L’initiation Edu signifie que l’enfant est placé sur les genoux d’un aîné (une personne ayant une bonne éducation), il tient la main de l’enfant et montre l’alphabet écrit sur une assiette de riz. Puis, quand j’ai atteint la puberté, ils ont exécuté les rituels pour moi. Le premier jour, mes parents et ma famille m’ont fait asseoir et m’ont aspergé d’eau de curcuma. Ensuite, ils m’ont mise dans une chambre privée. Je ne pouvais pas sortir de cette pièce pour des raisons autres que mes besoins essentiels. Ils ont attaché du neem et du fer à porter dans ma main lorsque je sortais pour mes besoins quotidiens, je devais le garder à portée de main sinon, maman disait que je serais possédée par des démons et des esprits maléfiques.
Ma dernière sœur a atteint sa puberté en Suisse. Elle est sortie manger au restaurant le jour même, elle est allée à l’école le lendemain. Lorsque nous avons raconté cela à nos proches ici, ils ont été surpris. Une force maléfique l’a-t-elle approchée parce qu’elle n‘était pas protégée ? Je sais que c’est faux, mais ici ils y croient, car c’est notre religion.
Ensuite, ils m’ont donné des aliments différents de ce que je mangeais habituellement. On dit que c’est pour la force et la santé du corps. Le matin, ils broyaient des herbes et les donnaient comme des médicaments. Ça avait un gout très amer, je n’aimais pas ça. Ma mère me disait de le manger, mais je le prenais et le jetais par la fenêtre sans qu’ils le sachent. S’ils me demandaient, je mentais et leur disais que j’avais tout mangé.
Te souviens-tu d’un moment difficile de ta vie ? Es-tu d’accord d’en parler ?
Je n’ai rien vécu de difficile jusqu’à présent parce que je suis sous la protection de mes parents. Si j’ai besoin de quoi que ce soit, ils sont là pour le combler. S’il y a un problème, ils me protègent. Quand je serai mariée, que je vais commencer à vivre ma vie et devenir femme au foyer, je ferai certainement face à des moments difficiles. Maintenant, je n’ai rien à dire.
Te souviens-tu d’une injustice que tu as subie ?
Rien d’injuste ne m’est arrivé. Je ne m’en souviens même pas.
De quelle caste es-tu ?
Selon notre système, personne ne déclare ouvertement sa caste. Je pense que c’est une affaire personnelle. Je ne réponds donc pas à cette question.
Regardes-tu des films romantiques à la télévision ?
Oui, j’aime les films romantiques.
Alors, te souviens-tu d’une histoire dont tu aimerais qu’il t’arrive la même chose ? Que s’est-il passé dans le film ?
J’aime les scènes d’amour entre maris et femmes, les petites disputes et crises de colère qui se produisent entre eux dans leur vie quotidienne, la façon dont ils calment la dispute puis la proximité qui se développe entre eux. En voyant les scènes de certains films, je souhaite que la même chose se produise dans ma vie.
Que penses-tu du mariage d’amour ?
Tout mariage dépend du partenaire que nous avons. Même s’il s’agit d’un mariage d’amour, si la personne que vous aimez est une bonne personne, la vie sera heureuse. La plupart des femmes de notre village ont fait des mariages d’amour et leur vie n’est pas heureuse. « J’ai perdu ma vie »… elles disent ça. C’est parce que l’homme qu’elles ont choisi était mauvais, irresponsable ou toxicomane. Je pense que leur vie serait mieux si l’homme qu’elles avaient choisi était bon. Si l’homme choisi par les parents dans un mariage arrangé a tort, il y aura aussi du chaos dans cette vie. Qu’il s’agisse d’un mariage d’amour ou d’un mariage arrangé par les parents, si nous voulons avoir une vie heureuse, notre partenaire de vie doit être bon. Les parents prennent en considération beaucoup de choses comme l’horoscope, la caste, la religion, les antécédents familiaux, etc., pour fixer le mariage. Si l’un de ces éléments ne convient pas, le mariage ne sera pas envisagé. Lors d’un mariage d’amour, les deux couples ne pensent pas à ces choses-là. Ils tombent amoureux et se marient. Ensuite, les parents ne parlent pas au couple et ne les aident pas si les choses ne vont pas bien. Ils ne donneront pas de dot. Si l’homme ne s’attend à aucune dot, si les deux vont travailler et mènent leur vie, celle-ci sera heureuse.
La dot est-elle une bonne chose selon toi ?
La dot est obligatoire dans notre système. En tant que fille, je reçois une maison et des bijoux en or de mes parents pour mon mariage, donc ça me rend heureuse parce qu’après le mariage, moi et mon mari n’aurons pas à travailler pour acheter une maison. Nous pouvons utiliser notre argent durement gagné pour faire évoluer notre vie à un meilleur niveau. Les parents donnent une dot pour que les enfants puissent économiser leur argent et faire avancer leur vie sans aucun problème financier. Si c’est une bonne chose pour les enfants, c’est difficile pour les parents. S’ils ont les moyens, ce n’est pas un problème, mais le sort des parents pauvres est préoccupant. Je peux comprendre l’état d’esprit de mes parents, car il me reste deux mois pour mon mariage. Si la dot ne concernait que moi, je leur aurais dit que je n’en voulais pas. Mais cela dépend de l’homme que je vais épouser et de sa famille. Le père de mon fiancé ne peut pas marcher donc il ne peut plus travailler. Mon fiancé et son jeune frère vont travailler et s’occupent de la famille. La sœur de mon futur mari s’est mariée l’année dernière, ils ont contracté un prêt auprès de quelques personnes pour payer la dot. Il a aussi une sœur cadette, elle a épousé le fils de sa tante par amour, ils sont mariés depuis 2 ans. Son mari n’attendait d’elle aucune dot, mais ses parents s’attendent à en recevoir une, parce qu’ils ont aussi une responsabilité. Je pense que si le père de mon futur mari avait pu marcher et travaillait, il aurait donné la dot à ses filles. Puisqu’il ne peut pas le faire, la responsabilité incombe à son fils de doter sa sœur. Il s’attend donc à remplir ses responsabilités grâce à la dot donnée par mes parents. Ce système est comme une chaîne dont chaque maillon est une famille. La dot va d’une personne à l’autre.
Qu’as-tu ressenti quand on t’a annoncé que tu allais te marier avec quelqu’un que tu n‘as pas choisi ?
Il habite dans mon village, je le connaissais depuis longtemps. Thanushan s’acquitte correctement des responsabilités envers ses parents et ses frères et sœurs, tout comme son père s’acquittait correctement de ses devoirs et de ses responsabilités, j’avais autant de respect pour lui que pour mon père. Maman est d’abord venue me voir et m’a demandé si j’acceptais de l’épouser. Je ne savais pas quoi dire. Je me suis beaucoup demandé si je pouvais voir une personne qui me considérait avec respect, si ma vie serait heureuse, si ça marcherait ; mes parents me prédisaient de bonnes choses. Je connais Thanushan, car il appartient à mon village, je sais que c’est un homme bon. J’ai donc accepté. Au départ, la relation entre moi et Thanushan n’était pas si proche, mais avec le temps, nous nous sommes rapprochés. Maintenant, je l’aime beaucoup. Maintenant je pense ainsi : si dans un endroit il n’y a pas Thanushan, je n’y suis pas non plus. Parce que je l’aime.
Comment tout ça est arrivé ?
Mon père le connaît très bien. Papa sait qu’il n’a pas de mauvaises habitudes comme l’alcool ou la drogue. Généralement, quand les parents ici cherchent des maris pour leurs filles, ils recherchent des étrangers riches et aisés. Parce que sa fille veut vivre bien et riche. Qu’il soit bon ou mauvais importe peu, il suffit qu’il soit riche. Mais mon père ne s’attendait pas à de l’argent, il s’attendait juste à un homme qui s’occuperait de sa fille avec bonheur, sans la battre, ni la blesser, ni la faire pleurer. Depuis que son père est devenu incapable de marcher, il a su assumer correctement ses responsabilités et ses devoirs en tant que fils et frère. Père a demandé à Thanushan s’il accepterait d’épouser sa fille, pensant qu’il me rendrait heureuse. Il a accepté. Après cela, l’amour s’est développé entre nous.
Qu’est-ce qui t’inquiète à l’idée de vivre une vie de jeune couple ?
Le souci est qu’une fois mariée, j’aurai de nouvelles responsabilités familiales et je n’ai pas cette expérience. Maintenant, je me réveille tard le matin et maman fait tout le ménage. Mais après le mariage, je dois diriger ma famille et faire correctement mes devoirs d’épouse. Rien que d’y penser, j’ai un peu peur. Et je m’inquiète pour mes parents. Ils ont beaucoup de responsabilités, car il me reste deux mois pour mon mariage.
Qu’est-ce qui t’enthousiasme le plus dans cette nouvelle vie qui va commencer ?
J’aime passer du temps avec Thanushan. Je ne partage mon bonheur et ma tristesse qu’avec lui. Il vient chez moi tous les soirs pour me parler puis il rentre chez lui. Chaque jour, j’attends son arrivée pour partager avec lui toutes les choses importantes qui se sont produites ce jour-là. Ainsi, je suis ravie d’être bientôt dans une maison avec un homme que j’aime.
Comment te sens-tu en pensant au jour du mariage ?
Je suis à la fois heureuse et nerveuse. Tous mes amis et parents seront présents. Je vais me préparer magnifiquement pour la journée. En pensant à tout cela, je suis heureuse. Mais je suis nerveuse et anxieuse en pensant à la façon dont mes parents vont gérer tout cela.
Comment t’entends-tu avec ta mère ?
J’aime beaucoup maman. Elle a tant fait pour nous. Quand j’étais à l’école, si je ne mangeais pas le matin, elle me nourrissait. « Maman » signifie « la vie » pour moi. Mais quand il y a une bagarre à la maison, je parle toujours contre ma mère. Par exemple, s’il y a une bagarre entre ma mère et mon père, j’ai peur de parler contre mon père, alors je parle contre ma mère. Maman est comme une amie pour moi. Tout ce dont j’ai besoin, je le lui demande. Par exemple, si je veux sortir avec mes amis ou avec mon copain, je demande d’abord la permission à ma mère. Alors elle demande à mon père. Papa me fait un peu peur. Mais je n’ai pas peur de maman ; je lui parle ouvertement.
Comment t’entends-tu avec ta belle-famille ?
Ma belle-mère est aussi ma mère. Je la connais depuis longtemps. J’allais souvent chez elle et elle venait chez moi. Généralement, les femmes ici ne vivent pas bien avec leurs beaux-parents. Elles sont souvent en conflit. Certaines belles-mères sont cruelles envers leurs belles-filles. Cela signifie les forcer à faire toutes les tâches ménagères, elles racontent des mensonges sur leur belle-fille à leur fils et provoquent des bagarres entre mari et femme. Ma belle-mère est bonne. Elle est douce et s’entend bien avec moi. Nous serons unies même après le mariage.
Comment t’appelles-tu dans le village ?
Tout le monde m’appelle Prianka. Maintenant, depuis que j’ai commencé à enseigner l’anglais, les enfants plus âgés qui viennent en classe m’appellent sœur [akka] et les plus jeunes m’appellent professeur.
Qu’est-ce qui t’inquiète le plus dans la vie ?
Ma seule préoccupation maintenant concerne l’avenir de mes sœurs et de mon frère. Ils vivent maintenant heureux en Suisse, mais ils n’ont pas encore la citoyenneté. Jusqu’à ce qu’ils l’obtiennent, moi, mère et père, nous nous inquiétons ici tous les jours.
Que penses-tu de la liberté des femmes en Suisse ?
Quand je parle à mes sœurs au téléphone, elles me disent le plus souvent « on sort, on sort manger avec des amis, on est au parc ». Je me sens très heureuse quand je les entends. Je pense que j’aurais été heureuse si j’avais été là-bas aussi. Quand ils étaient ici, ils sortaient rarement. L’école, la maison après l’école, jouer à l’intérieur de notre terrain, parfois les parents nous emmenaient dehors. Nos parents nous ont élevés avec contrôle. Il y a deux raisons à cela. Parce que nous sommes des filles, nous devons être élevées en toute sécurité et l’autre est la position de notre village (un village où se déroulent des activités illégales). La Suisse est un pays merveilleux, car elles sont libres et heureuses là-bas. Les femmes y sont plus protégées. Les hommes et les femmes ont des droits égaux. Les hommes et les femmes vont travailler, la femme s’occupe des enfants pendant que l’homme va travailler, et l’homme s’occupe des enfants pendant que la femme va travailler. Les femmes peuvent faire ce qu’elles veulent, aller où elles veulent, porter ce qu’elles veulent, être amies avec qui elles veulent. Mais pas si ici. Quand une fille est avec ses parents, si elle veut sortir quelque part, elle doit obtenir leur permission, si ses parents ne lui donnent pas la permission, elle ne peut pas sortir. Si elle a besoin de quoi que ce soit, elle doit demander à ses parents, les filles ne sont pas autorisées à s’approcher des garçons. Une fois mariée, la femme doit demander la permission à son mari. Mais ce n’est pas le cas en Suisse. J’aime la liberté de ce pays.
Les femmes veulent-elles être libres et indépendantes ou non ?
Notre pays devrait changer pour devenir comme la Suisse. Je pense que ce pays est progressiste parce qu’il donne l’égalité et la liberté à tout le monde. Ici, une femme ne peut pas porter une robe semi-habillée qu’elle dit être sa préférée, car la société dira du mal d’elle et son mari ne l’approuvera pas. Et, si elle veut être amie avec tous les hommes qu’elle apprécie, elle ne peut pas. Son mari ne le permettrait pas. Si elle viole la parole de son mari et devient amie avec un homme, il y aura des problèmes dans leur famille.
En dehors du choix du mari et des parents, je préfère généralement m’habiller selon notre culture. Je ne traîne pas beaucoup avec des copains depuis l’enfance. C’est parce que mon père m’a élevé comme ça. Ma relation avec les hommes est quelque chose que même mon mari ne peut accepter. Par exemple, je n’aime pas que mon mari soit ami avec des filles. Ses pensées seront les mêmes. Je veux la liberté dans une seule chose après le mariage. Je sors maintenant de temps en temps avec mes copines. Mon amitié devrait continuer même après le mariage. Toutes mes copines disent maintenant : « tu ne nous parleras plus après le mariage, tu ne sortiras plus du tout avec nous ». Mais je leur dirais non, la façon dont je vous parle maintenant, la façon dont nous sortons tous, je serai là même après le mariage, je crois que mon mari me laissera la liberté pour cela.
Que penses-tu des femmes tamoules qui ne respectent pas les règles culturelles ?
Ce n’est pas leur faute si elles veulent violer nos règles culturelles selon leur vie personnelle. Par exemple, le mari d’une femme est décédé. Si la femme a des enfants en bas âge, elle ne peut pas s’occuper de ses enfants et d’elle-même. Si elle veut un partenaire masculin, elle devra se marier. Et, si elle ne veut pas se marier ensuite, elle ira travailler et s’occupera de ses enfants. Qu’il s’agisse de bonheur, d’inquiétude ou de problèmes, c’est la femme qui en fera l’expérience. Elle a donc le droit de prendre des décisions dans sa vie. La société ne respecte pas non plus les femmes qui ne respectent pas les normes culturelles. Mais selon moi, ce n’est pas mal si une femme viole ces normes culturelles pour faire face à ses problèmes de vie.
Que veux-tu et que désires-tu dans la vie ?
Je veux vivre une vie heureuse. Beaucoup de femmes mariées ici disent qu’elles ne sont pas heureuses, car leur famille est pauvre. Tout le monde dit que l’argent est la chose la plus importante parce qu’ils n’ont pas d’argent pour l’éducation de leurs enfants, ils n’ont pas d’argent pour acheter les vêtements qu’ils veulent, ils n’ont pas d’argent pour acheter la nourriture qu’ils veulent, ils n’ont pas d’argent pour aller aux endroits qu’ils veulent. Cela ne devrait pas arriver dans ma vie après le mariage. J’ai, en ce moment, deux emplois. Je travaille en tant qu’assistante dans un programme d’anthropologie d’une université suisse et je suis également professeure d’anglais. J’aimerais continuer à travailler ainsi. Mon mari devrait aussi trouver un bon travail comme celui-ci. Nous devrions tous les deux travailler et vivre heureux sans problèmes financiers.
Tu as un emploi depuis un an, que penses-tu de ce travail ?
Je n’ai jamais rêvé de pouvoir obtenir un travail comme celui-ci. J’aime beaucoup ce travail. Bien que j’habite dans ce village, je ne connais pas vraiment les gens ici, leurs joies et leurs peines, leur mode de vie, leurs gouts et leurs dégoûts. Mais grâce à ce travail, je suis capable de connaître toutes ces choses. Je crois que j’ai fait de mon mieux jusqu’à présent. Je continuerai à faire de mon mieux.
Tu es aussi professeure d’anglais, que penses-tu de ce travail ?
Comme je l’ai dit plus tôt, je m’intéresse à l’anglais depuis l’enfance grâce aux encouragements de mon père. Ariane et Bastien de Suisse sont venus séjourner chez nous l’année dernière. Ils ne connaissent pas notre langue tamoule, je ne connais pas leur français. L’anglais est la langue commune entre nous. J’étais donc la seule à interagir avec eux pendant leur séjour chez nous. Tout le monde dans mon village, y compris mes parents, aime leur parler. Mais ils ne pouvaient pas parce qu’ils ne connaissaient pas l’anglais. J’ai traduit leurs paroles. Voyant cela, les villageois sont venus me voir et m’ont dit « tu parles bien anglais, et te voyant parler anglais, nous voulons que nos enfants parlent anglais comme ça. » J’ai été très heureuse quand ils ont dit ça. Puis une pensée m’est venue. Il m’est venu à l’esprit que je pouvais donner des cours d’anglais gratuits à certains enfants de notre village. Les gens ici sont pauvres donc je ne devrais pas attendre de l’argent de leur part. Je voulais faire cela comme une contribution sociale. J’ai commencé à donner des cours d’anglais à certains enfants, pensant qu’en grandissant, s’ils parvenaient à une bonne position, ils se souviendraient que Prianka Akka (sœur) leur a appris l’anglais. J’en ai parlé un jour à Ariane, elle était très heureuse que je m’investisse dans ce projet. C’est d’elle que je tiens l’idée qu’il est bien d’aider les autres dans leur éducation, car elle m’a aidée à suivre un cours d’anglais et à obtenir mon certificat.
Ensuite, Ariane m’a dit que je devrais enseigner à d’autres enfants et qu’elle trouverait un moyen de me donner un salaire. J’étais très heureuse de penser que cela devenait une carrière pour moi. Ensuite, d’autres enfants sont venus et ont demandé à être instruits. J’enseigne dans deux classes (une classe de petits et une de grands), cela fait maintenant un total de 25 enfants. À part quelques-uns, ils sont venus sans connaître un mot d’anglais (même les plus de 13 ans), mais maintenant ils ont atteint un bon niveau. Ils peuvent lire et parler l’anglais dans une certaine mesure. Je me sens très heureuse quand je pense à ces choses. Beaucoup de parents sont venus me voir et m’ont dit : « mon enfant ne savait pas écrire en anglais, mais maintenant il peut lire des messages au téléphone en anglais, remplir un formulaire en anglais, dire des mots et des petites phrases en anglais ». Ils ont dit : « c’est grâce à toi », mais je ne suis pas la seule raison. Ariane, moi et tous ceux qui paient pour l’éducation en sont responsables. Ariane a parlé à ses amis dans son pays et a fait beaucoup de choses pour les enfants qui étudient ici. Elle a acheté du matériel pédagogique comme des cahiers, des livres d’anglais, des stylos, des crayons, des sacs d’école, etc. Les personnes en Suisse financent également de la nourriture, ils aident ainsi à donner des repas sains aux enfants qui viennent en classe ici tous les jours. De plus en plus d’enfants sont venus me voir et m’ont demandé de les inclure dans la classe d’anglais. Je n’ai plus de places malheureusement. Je dois en discuter avec Ariane pour trouver comment les aider. Je suis très heureuse quand je pense que je suis une cause du progrès des enfants de notre village.
Souhaites-tu t’arrêter après le mariage, quand tu auras des enfants ?
Généralement, après le mariage ici, les femmes donnent naissance à des enfants. Mais mon futur mari et moi avons un plan à ce sujet. Cela signifie que nous devons tous les deux profiter de la vie seuls avant. Nous devons organiser quelque chose pour nous-mêmes, pour notre avenir. Nous avons décidé de travailler tous les deux et de nous créer des facilités financières, puis de penser aux enfants ensuite.
Comment imagines-tu la Suisse ?
La Suisse est mon pays préféré. J’ai essayé d’aller dans ce pays légalement avec mon travail, mais ma tentative a échoué. La Suisse est un pays d’une beauté naturelle, un pays pacifique, un pays progressiste, un pays qui donne l’égalité à tous, un pays où tous les êtres vivants sont libres. C’est mon grand désir de visiter ce pays même si ce n’est qu’une fois dans ma vie. Je crois que j’obtiendrai cette opportunité grâce au travail que je fais maintenant.
En Suisse, les femmes et les hommes jouent les mêmes rôles (certains hommes s’occupent des enfants pendant que la femme va travailler. En fait, chaque couple choisit ce qu’il pense être le mieux pour lui, quel que soit son sexe), qu’en penses-tu ?
C’est une très bonne chose. Mais ici les hommes laissent les femmes travailler et s’occuper des enfants. Si le mari s’occupe des enfants, notre société se moquera de lui à tort.
Ici, il faut adhérer aux règles qui structurent une famille, par exemple : mari, femme, enfants. Les hommes doivent aller travailler, les femmes doivent faire le ménage et s’occuper des enfants. Les gens écoutent le discours de la société sans penser à ce qui est bon ou mauvais pour eux. C’est pourquoi beaucoup de personnes ne peuvent pas vivre une vie heureuse ici. Je pense que la pratique suisse est bonne.
Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions
Tous les noms propres et lieux mentionnés dans ce texte ont été modifiés afin de préserver une part d'anonymat.