Photographie : Guillaume Perret

En janvier 2020, quand il y a eu le premier confinement, mon compagnon était déjà très malade d’un cancer du poumon. Notre fils a quitté le campus de son école et nous a rejoint. À 20 ans, il a passé le confinement à tenir compagnie et à aider son père malade. Chimio et radiothérapies ont toutes eu lieu au CHU, mais les soins à domicile prescrits par le service d’oncologie ont été pris en charge par la famille, en l’absence de l’infirmier pour faire les injections de facteur de croissance et en raison du manque structurel de kiné à la campagne. En mai, les traitements ont été interrompus, le protocole « soins palliatifs à domicile » est engagé. 

Le week-end du 14 juillet 2020, nous avons pu réunir ses enfants et sa sœur, qui habitent à 800 km. Dans le magnifique cadre du golfe du Morbihan, nous avons passé du temps ensemble et nous sommes dits, ce qu’il y avait à dire. Nous avons eu la chance de pouvoir passer Noël et Nouvel An ensemble. Le 11 janvier 2021, sa situation de santé s’est dégradée et a nécessité une hospitalisation. Nouveau protocole COVID ; je suis refusée à l’accueil des urgences. 

Le 13, le médecin des soins palliatifs ayant obtenu une dérogation, la famille proche accède à la chambre, et peut même loger sur place. Son fils ainé revient. Nous veillons. À un moment au début de la nuit, la situation se dégrade. L’aide-soignante appelle l’interne. Il est de garde pour deux services : médecine au 1er étage et urgences au sous-sol. Il dit qu’il vient le plus vite possible. Le grand fils sort de la chambre, se dirige vers la première personne pour demander de l’aide : « venez vite, mon père meurt ». Restée dans la chambre, avec le jeune interne arrivé entre temps, je ne peux pas m’empêcher de rire quand je vois cette infirmière habillée comme un enfant déguisé en cosmonaute : lunette, visière, des protections plastiques multicolores des orteils aux cheveux. Et elle dit à l’interne : « bon vous êtes là, je retourne au covid ». 

Mon compagnon décède le 15 janvier dans mes bras. Il avait 65 ans. Deux autres personnes décéderont ce jour-là, aussi d’un cancer : 40 ans et 60 ans. Ces jours-là, une tempête de neige traverse la France, nous organisons les obsèques le 22 janvier pour que la vingtaine de personnes autorisées à venir puissent prendre la route ou le train. Sur suggestion des amis et cousins ne pouvant faire le déplacement, une cagnotte « in memoriam » a été ouverte pour soutenir les missions du CHU, la recherche contre le cancer et l’amélioration des soins aux malades. 

La vie continue. Avec les enfants, nous disperserons les cendres pendant les vacances de la Toussaint.

Nous avons partagé ce témoignage depuis le site Ad Memoriam