
Photographie : Guillaume Perret
Je viens d’avoir 60 ans et ma grand-mère de 101 ans est décédée en avril 2020 durant le confinement. Mamie avait fêté ses 100 ans en septembre 2019. Elle vivait dans un EHPAD depuis 12 ans. Elle avait fait le choix de rentrer dans une structure alors qu’auparavant elle vivait chez mes parents, entourée des siens. Notre famille restreinte, mais soudée, Mamie avait la visite de sa fille unique (ma mère) tous les 2 jours et venait à tous les repas de famille (anniversaires, Noël, Pâques). Nous avions une Mamie aimée et aimante, joyeuse et pleine de gentillesse. Elle a dû, comme toutes les personnes âgées en établissement, être isolée, rester dans sa chambre et ne plus recevoir les siens. Seules les communications téléphoniques étaient permises. Le 19 mars, l’infirmière nous informe que Mamie a fait un AVC et que ses jours sont en danger, qu’il faut nous préparer à un départ plus ou moins rapproché. Nous n’avions pas le droit d’aller auprès d’elle.
Cette journée fut longue et pleine d’angoisse… Le soir, l’infirmière nous a permis de lui parler au téléphone, Mamie émettait quelques petits sons… Elle nous entendait… Les journées passaient, au rythme des appels et des vidéos sur Messenger. (Nous avions une amie et une cousine aide-soignante) Au bout de 8 jours, après négociations auprès du directeur de l’établissement, ma fille et moi-même avons obtenu l’autorisation d’une visite de 15 minutes chacune. Chacune notre tour, nous sommes allées dire au revoir à notre Mamie que nous chérissions tant. Ma fille, tout juste enceinte de son deuxième enfant, a confié à son arrière-grand-mère qu’elle avait la vie en elle, Mamie a été la première personne à le savoir. J’ai su bien après qu’elle avait eu une réaction, bien qu’elle ait perdu l’usage de la parole. De mon côté, j’ai pu lui redire tout l’amour que j’avais pour elle et lui tenir la main… Pas assez longtemps, puisque je lui avais fait la promesse d’être auprès d’elle pour le grand voyage…
La semaine suivante, Mamie s’accrochait toujours à la vie, elle était là… J’ai donc sollicité une deuxième visite que l’on m’a refusée. Je devais attendre la disponibilité du personnel pour organiser la visite (mise à disposition de l’équipement, charlotte, gants, blouse… et présence d’une infirmière). Le protocole était alors draconien ! Le directeur m’autorisait ainsi qu’à ma fille une visite le lundi de la semaine suivante. J’étais à mon travail, j’avais demandé à mon employeur de me libérer une heure pour ce rendez-vous avec Mamie quand j’ai reçu un appel me disant que Mamie était décédée. J’ai alors réagi vivement au téléphone… j’étais outrée que l’on ne m’ait pas appelée pour être auprès d’elle, pour lui tenir cette main qui m’avait si souvent accompagnée. Ma fille et moi nous sommes rendues immédiatement à l’EHPAD où le Dr. nous attendait… et là surprise, nous sommes entrées toutes les deux dans la chambre. Mon incompréhension fut grande, mais nous avons pris ce moment tel qu’il était. Les jours qui ont suivi se sont passés auprès de Mamie dans la chambre funéraire. Pas, ou peu, de visites, nous avons finalement apprécié ce moment rien que pour nous. Nous avions tellement été privées de ne pas l’avoir vue depuis un mois. Un mois qu’elle était seule au fond de son lit et que nous habitions à quelques minutes d’elle.
L’idée m’a pris un jour que j’aurai pu entrer dans sa chambre en mettant une échelle à son balcon et m’introduire comme une voleuse, en cachette, juste pour l’embrasser… je me suis tout de suite fait une raison ; ce n’était pas faisable ! Nous avons organisé l’enterrement de Mamie avec le prêtre, la cérémonie était au cimetière, nous étions une vingtaine et les pompes funèbres nous ont bien précisé que les personnes de plus de 75 ans n’étaient pas autorisées à accompagner la défunte. Autrement dit, mes parents (86 et 80 ans) n’auraient pas dû accompagner leur Maman ! La cérémonie, sous un soleil radieux et en présence des petits-enfants et arrière-petites-filles, a été un beau moment de recueillement pour tous… DIX jours après, le directeur de l’EHPAD me contactait pour déménager la chambre. Une seule personne à la fois était autorisée à entrer dans la chambre et devait vider les effets personnels en deux heures. Sachant que Mamie avait ses propres meubles et était dans sa chambre depuis 12 ans, il m’était difficile de gérer ce déménagement, seule. Après négociations (encore une fois), j’ai obtenu l’aide de l’agent de service et mon mari et mon fils étaient dehors à réceptionner. Alors que ce moment aurait dû être précieux et partagé en famille, j’ai eu l’impression de CAMBRIOLER la chambre de ma grand-mère… oui je me suis effondrée en arrivant chez moi… Rien du départ de notre Mamie Hélène ne s’était passé comme nous l’aurions pensé ! Le covid nous a enlevé le côté humain de la séparation d’un être cher… Mamie avait 101 ans l’heure était bien sûr arrivée qu’elle nous quitte, mais pas ainsi…
Nous avons partagé ce témoignage depuis le site Ad Memoriam