Cet article, réalisé par Zacharie Routhier, provient du site Radio-Canada

Un endroit créatif non conventionnel, sans aucune règle. C’est l’ambition qu’avait Matt Wiewel en ouvrant un studio d’enregistrement dans une ancienne église du quartier Donovan, à Sudbury. Quelques années plus tard, Deadpan Studios s’affirme comme pilier du milieu musical dans la région, mais n’est pas pour autant à l’abri des contrecoups de la pandémie.

« Je m’ennuie d’avoir plein de gens au studio qui expérimentent, qui font de la musique. Voir tout le monde s’exciter à l’écoute des premières versions d’une chanson. Je n’ai pas vécu ça en plusieurs mois« , laisse tomber Matt Wiewel, assis dans sa salle de mixage.

Au sous-sol, la salle d’enregistrement est aussi silencieuse qu’immaculée. Même chose pour le salon pour les artistes, au premier étage.

Une batterie dans une salle d'enregistrement.
Une salle d’enregistrement est installée au sous-sol du studio, qui est une ancienne église.

PHOTO : RADIO-CANADA / ZACHARIE ROUTHIER

Matt Wiewel explique être habitué à enregistrer les chansons des artistes avec qui il travaille sur place, dans l’énergie du moment.

Maintenant, l’ingénieur de son se retrouve la plupart du temps seul, à assembler des morceaux enregistrés par fragments, au gré des restrictions imposées par le virus.

J’ai beaucoup de plaisir. Je peux utiliser beaucoup d’équipement analogique dans mes mix. Mais je suis tout seul, ce qui est un peu ennuyant. 

Matt Wiewel, propriétaire et ingénieur en chef de Deadpan Studios
Une main sur une console analogique.
Le matériel du studio est évalué à 500 000 $.

PHOTO : RADIO-CANADA / ZACHARIE ROUTHIER

Cette nouvelle manière de procéder apporte néanmoins son lot d’avantages, selon lui. « C’est un processus qui peut s’étirer sur des semaines. Je peux affiner chaque piste de manière plus réfléchie« , dit-il.

Et Matt Wiewel vient aussi à être heureux de travailler sur des morceaux qu’il n’a pas enregistrés lui-même. Cela constitue d’ailleurs une part importante de ses revenus, pandémie oblige.

« Ça m’offre une nouvelle perspective sur ma manière de travailler avec la musique, comme je n’ai jamais entendu la chanson en question auparavant. Ça me permet de me fier à mes instincts. »

En attendant les spectacles

N’empêche, pour Matt Wiewel, rien ne remplace la musique jouée en direct. Avant la pandémie, il s’impliquait dans d’innombrables spectacles et festivals du Grand Sudbury, et ce depuis une dizaine d’années.

L’été, pour moi, c’était 10 festivals. Un à chaque fin de semaine, et durant la semaine, j’étais au studio. Je faisais ça pendant trois mois sans interruption. Alors, passer de ça à presque rien, c’était un gros changement. 

Matt Wiewel, propriétaire et ingénieur en chef de Deadpan Studios

Malgré les restrictions, les efforts du milieu culturel de la région ont mené à quelques spectacles l’été dernier.

C’est ainsi qu’il a pu être directeur technique du spectacle au volant du Northern Light Festival Boréal, et participer à l’enregistrement de plusieurs concerts pour emporter du festival Up Here

« C’était la première fois que j’entendais de la musique en direct depuis le début de la pandémie« , se rappelle-t-il. « C’était une drôle d’expérience, alors qu’avant, j’assistais à de la musique en direct presque chaque jour ».

S’en sortir financièrement

Malgré l’ingéniosité du milieu créatif de Sudbury, la précarité dont souffrent actuellement les artistes n’épargne pas Matt Wiewel.

Mes revenus ont beaucoup diminué depuis le début de la pandémie, considérant qu’une grande partie d’entre eux viennent de l’enregistrement de groupes et de la technique lors de spectacles.

Matt Wiewel, propriétaire et ingénieur en chef de Deadpan Studios

Il estime bien s’en tirer malgré tout grâce à ses contrats de mixage sonore, mais aussi parce son équipement, qu’il évalue à un demi-million de dollars, a été acheté progressivement.

Matt Wiewel.
Avant d’acquérir le studio, Matt Wiewel le louait afin de mixer de la musique.

PHOTO : RADIO-CANADA / ZACHARIE ROUTHIER

« J’ai essayé de faire le tout intelligemment, en faisant de bonnes affaires et en payant tout en argent comptant. Donc je n’ai pas beaucoup de dettes. Et c’est vraiment ça qui me sauve« , explique-t-il.

Autre facteur décisif : l’ancienne église dans laquelle Deadpan Studios a élu domicile était déjà adaptée pour la musique avant que Matt Wiewel l’achète. L’endroit portait alors le nom de Mission Studios.

« Ici, ça a été un studio plus longtemps qu’une église« , souligne l’artiste du son avant de retourner à sa console.

« Quand tout ça sera terminé, on va se retrouver tous ensemble dans une pièce et jouer comme on le faisait avant. En espérant que ce soit bientôt!«