#humansofpandemics. 23 mars 2020. Texte d’une gymnasienne

J’ai réfléchi pendant plusieurs minutes pour trouver comment commencer ce journal. Je trouve que cela résume bien mon esprit ces derniers jours. Je ne sais pas. Tout a changé et je ne sais pas comment m’habituer à ce confinement. Mes rendez-vous hebdomadaires sont modifiés et cela m’a beaucoup perturbé. Tout d’abord, j’ai pensé à mes ongles en gel, ça semble bête mais ça ne l’est pas. Comment je vais pouvoir m’en occuper moi-même ? L’idée de me les ronger à nouveau m’angoisse. Mon plus grand questionnement est mon psychologue. Le moment de la semaine où je me sens bien, à ma place et écoutée. Ne plus y aller me questionne beaucoup et provoque un certain stress.  Mon habitat a changé. Je vivais le plus souvent chez ma mère, question de facilité pour sortir et voir mes amis. Maintenant je suis chez mon père dans un petit village, dans une grande maison. C’est plutôt sympa, je peux avoir mon propre espace vital. Mais ma mère me manque.  Ma routine matinale a beaucoup changé aussi. Je ne me maquille plus, ne pense plus à mon style vestimentaire et je me suis même mise au sport. Chaque matin, avec mes amis nous faisons du yoga ensemble par Skype. Cela nous donne une réelle motivation de nous lever et de bouger au lieu d’être assis toute la journée, au bureau ou au salon.

Par contre, j’ai beaucoup de difficultés à me mettre au travail. Il n’y a personne pour me dire de me mettre au travail, je suis nul en informatique, je ne comprends rien et je n’arrive pas à m’organiser. Je me demande quelques fois si nous avons des professeurs dans certaines branches. C’était quelque chose qui ne m’attirait pas du tout au début, mais là je me dis que des cours en vidéo serait mieux. Déjà pour voir le professeur, entendre ses explications et qu’il puisse nous aider de vive voix. Heureusement il y a mes amis, je pense que nous nous « voyons » plus dans ces moments que d’habitude. En effet, chaque jour à 13h nous nous appelons pour boire le café ensemble. Le vendredi et samedi soir, c’est apéroskype, en réalité la plupart de nous buvons du sirop ou du thé (nos foies remercient le confinement). Je me sens triste. J’ai besoin de voir mes amis en vrai, de sentir leur présence, de leur faire des câlins, de rigoler tous ensemble, etc. Je les voyais tous les jours. C’est très dur et je me demande comment nous allons faire pendant tout ce temps.  Je pense aussi à toutes les personnes que je vois uniquement au gymnase, avec qui je partage un repas, une cigarette, une pause mais qui font quand même partie de mon quotidien. Je ne sais pas quand on se reverra. Je me sens seule. En plus je pense à toutes ces personnes qui dépassent leurs limites pour nous : les caissiers, les aides-soignants etc. Mon meilleur ami travaille dans un hôpital et nous ne pouvons même pas imaginer le stress et la difficulté que ça doit être pour eux. Je pense aussi aux familles dysfonctionnelles, aux femmes et enfants battus etc. J’ai peur pour la santé mentale de certaines personnes et aussi pour la mienne. Je pense qu’une grande phase de déprime et de stress arrive. Je ne sais pas comment et quand cela se finira mais je ne suis pas très optimiste. Quand je vois qu’en Italie, ils sont en confinement total et jusqu’au 2 mai, je n’ose pas imaginer pour la Suisse.

Mais j’essaie de garder un minimum d’espoir et de faire des activités qui me font sentir bien. Par exemple j’ai rangé, trié, nettoyé toute ma chambre, je suis fière de moi. Je ne remercierais jamais assez Skype d’exister. Je peux au moins voir la tête de mes amis, voir leur sourire etc. C’est une grande bouffée d’air frais et de joie. Nous savons que nous vivons tous la même chose, avec la même peine. Nous pouvons alors souffler un peu et parler d’autre chose pendant quelques instants.

Ce témoignage provient d’un journal de confinement online tenu par des gymnasiens et gymnasiennes