À partir de décembre 2020, de nouveaux décrets interdisent la pratique de la danse ou du chant.« En raison de la pandémie, il est interdit de chanter dans les crèches », « Les restaurants ont l’interdiction de diffuser de la musique », « Le préfet interdit toutes les activités dansantes dans les bars et restaurants » , « Chants de Noël interdits à cause du coronavirus: un prêtre valaisan rappelé à l’ordre », « Même au sein de la famille, il est préférable d’écouter des chants de Noël préenregistrés », … 

2020-2021 : le monde assiste médusé à l’accumulation des restrictions qui font les gros titres des journaux. La vie telle que nous la connaissions est-elle terminée ? Cette pandémie nous a confronté à la question de l’essentiel, de l’essence même de l’existence. Peut-on se contenter de survivre, sans vraiment vivre ? Alors que les Black Friday, tout à la fois fêtes de la consommation et symboles du capitalisme, ameutaient les foules, les petits bistroquets et les gargotes conviviales ont dû renoncer à leur musique. Car celle-ci, selon les mots du Conseil fédéral, « désinhibe les clients ». 

Qu’est-ce que cela signifie ? Désinhiber, c’est « lever l’inhibition » ; en d’autre termes, « se décoincer », « s’ouvrir à soi et au monde », « oser exister ». A quoi se résume une existence inhibée si ce n’est une vie en sommeil qui ne pense qu’à sa survie ? Quand la culture a été jugée « non-essentielle », c’est un pan de notre humanité qui a été blessé ; danser, rire, chanter, embrasser, sont devenus des mots tabous, les verbes des mauvais citoyens propagateurs de mort. 

Mais, partout dans le monde, un appel à la résistance s’est fait entendre. « Danser encore » c’est le cri sans frontières d’une humanité en proie à ce questionnement fondamental : que signifie « vivre » quand on nous interdit de danser ?

Ariane Mérillat