
#humansofpandemics. 03.05.2020. Une semaine avant la deuxième étape du déconfinement en Suisse (réouverture de certains magasins, etc.), une famille décide de se retrouver après plus de deux mois de séparation. La fille habite à distance, à une centaine de kilomètres, ce qui la force à rester chez ses parents durant ce séjour, ce qui peut susciter quelques craintes dans ce contexte de pandémie. Joie, peurs, inquiétudes et doutes rythment ces retrouvailles. Pour penser cette situation, la fille propose à ses parents d’écrire sans se concerter sur cette expérience puis de partager ensemble leur récit. Un évènement – la visite d’une fille chez ses parents – a donné naissance à trois visions, trois récits présentés ici de manière brute et retraçant les questionnements et ressentis d’une semaine extraordinaire.
LA MÈRE
Elle a dit qu’elle voulait revenir, qu’elle y pensait et que cela l’angoissait, elle avait peur (peur pour moi) et elle m’en a fait part.
« La semaine prochaine Maman! Oui, je pense revenir la semaine prochaine, est-ce que cela te ferait plaisir ? »
Je l’entendais, et suspendue au téléphone, je ressentais en moi une immense joie, oui, immense ! Ma fille revenait ! Je pourrai à nouveau la serrer dans mes br… ? Pour un instant, j’y ai cru, oui, pour un instant seulement j’ai cru que tout était comme avant.
Et puis, cela s’est fait tout naturellement, le temps d’un soupir et d’une respiration profonde, elle était derrière la porte, dans les escaliers à deux mètres de distance, sa valise à la main, son sac à dos et bien sûr son merveilleux sourire que je devinais sous son masque. J’étais émue. Un doux mélange d’émotions me sont soudain remontées à la gorge jusqu’à remplir mes yeux de chaudes larmes, et d’un coup, malgré « le masque », les barrières sont tombées et, malgré « ce masque » et cette situation surréaliste, je me suis dit que rien, mais alors rien (surtout pas ce petit petit virus) ne nous empêcherait de passer de bons moments ensemble. Elle était là, et c’est tout ce qui comptait ! Nous avons gardé les distances, elle a voulu garder son masque (surtout pour nous protéger, nous, ses parents, elle se faisait du souci pour nous) et en dépit de cela, nous avons été – comme toujours et voire encore plus – proches, complices, joueurs, baladeurs, rieurs, mangeurs, danseurs, visionneurs (de séries), parleurs, buveurs, enchanteurs et enchantés de célébrer la vie, la vie qui nous réunissait à nouveau, la vie qui prenait le dessus et qui, par moments, me voilait le visage de tristesse, mais c’était elle la plus forte…
Anonyme
Ce témoignage nous a été partagé par le site Co-vies20