2020. Le Covid a changé ma vie. En France, les mesures sanitaires privilégient le échanges sans-contact ; pour les personnes dans ma situation, c’est compliqué.

Je suis sans-papier, je n’ai pas Internet, je n’ai pas de carte de crédit.

Maintenant on vit à travers les technologies, sur internet et le COVID a encouragé cela. Quand on n’a pas de papiers c’est une difficulté. Il n’y a rien de caché maintenant, tout est exposé avec la technologie. Mais pour avoir accès à ces dernières, quand on est sans-papier, c’est difficile. Sans accès à Internet, je ne peux rien commander en ligne. Toute l’évolution technique qui a eu lieu, je n’en profite pas.

Quand tu es sans papiers, tu ne peux pas avoir une carte visa, et sans carte visa tu ne peux rien faire. Alors, tu deviens dépendant de ceux qui sont prêts à t’offrir de l’aide, qui peuvent acheter à ta place et toi tu les rembourses.

Pour les gens qui demandent l’asile, tu ne peux plus aller directement dans les services pour demander des papiers ou de l’aide. Souvent, c’est fermé et tu dois envoyer un email. Parmi nous, beaucoup ne sont pas assez doués en informatique pour le faire. C’est comme chercher des informations en ligne, c’est compliqué.

Avant il y avait beaucoup d’accueil, par exemple pour aider à manger. Aujourd’hui cela ne fonctionne plus de la même manière.

Avant, je me faisais des amis dans les centres d’aide, maintenant que c’est fermé, c’est fini, on ne créé plus de nouvelles relations

Il y a ceux qui vivent dans la rue… Des fois, dans la nuit, c’est vide car tout le monde est à la maison. Comme y a le COVID on n’est plus proche comme avant.

La vie a vraiment changé, vraiment, vraiment.

Le COVID me fait beaucoup réfléchir sur ce qui va se passer dans le futur, pour ma future vie. Je ne sais pas comment on va faire pour retrouver la vie normale. La vie normale c’est être libre, tu vas où tu veux aller, tu n’as pas d’horaires, pas de confinement, voilà. Pour moi, cela m’a traumatisé. Je ne peux rien faire, je dois aller dans la rue ou dans la forêt. Ça, c’est aussi un risque pour les contrôles. Pour l’instant ils contrôlent mais s’ils te choppent maintenant je ne sais pas ce qui arrive. Avant tu devais avoir une attestation, maintenant c’est après 18h. Donc si c’est un contrôle, c’est un contrôle normal et il y en a beaucoup. Et il y en a beaucoup qui vont dans des deportation camps, je ne sais pas comment on dit en français.

Le covid a changé ma vie. Cela fait longtemps que je ne suis pas allé à l’hôpital. Je n’ai jamais fait de test, je ne sais pas pourquoi je devrais le faire. Je me dis si je vais là-bas, je ne sais pas ce qu’on va me dire, négatif, positif, cela m’inquiète. Mais je ne vais pas aller car je n’ai pas la carte de l’hôpital. Je pense que si je vais à l’hôpital, ils vont faire le test mais ils me demanderont la carte de l’assurance maladie. Puis ils prendront mon numéro de téléphone et ils appelleront ensuite pour savoir si je vais bien ou pas bien. Cela m’a un peu choqué parce que c’est compliqué pour moi. La vie pour moi est compliquée avec le COVID. Et on ne sait pas si on pourra retrouver la vie normale. Vivre à nouveau comme on vivait avant. Je ne sais pas.

Anonyme