
14.02.2021. A la fin de la première vague, j’ai commencé à reprendre une vie sociale plus ou moins régulière avec mon entourage proche. Il y a deux jours, je faisais un souper avec quelques amis, nous étions six au lieu des cinq personnes autorisées à l’intérieur, toutefois deux sur les six vivent sous le même toit. Nous étions assis dans la cuisine où la fenêtre se trouve en vis-à-vis d’un immeuble et, soudainement, nous avons remarqué, dans l’appartement d’en face, deux hommes au téléphone en train de nous observer. Mon amie, la locataire, nous a fait remarquer que c’était rare de les voir à cette fenêtre et, d’un coup, tout le monde a commencé à paniquer en disant qu’il fallait fermer les volets. Une situation similaire s’est produite, il y a quelques semaines, chez d’autres amis.
C’est au moment de cette répétition que quelque chose m’a frappé. Durant la première vague, je sentais que la peur était fixée sur le virus : l’inconnu des symptômes et des conséquences sanitaires. Mais depuis la deuxième vague, la peur ne me semble plus liée à la maladie directement mais à la société « covidée ». On a peur d’être amendé par les forces de l’ordre alors on s’assure toujours d’avoir un masque partout où l’on va. On le porte même quand ce n’est plus une « zone à forte affluence ». On a peur du regard des autres dans la rue quand on ne respecte pas les distances, quand on se fait une accolade pour se saluer, car non seulement ce n’est pas « covid-friendly » mais c’est aussi interdit. On a peur de nos propres voisins qui pourraient nous dénoncer parce qu’on est six et non cinq.
Bien sûr, la peur du virus est toujours présente, mais c’est comme si elle s’était étendue, élargie à un niveau supérieur, submergeant les individus sous des réglementations qui transforment notre société. En première année de sciences sociales et psychologie, j’apprends que la communauté et la société sont nécessaires pour le vivre-ensemble et la co-existence entre êtres humains. Je me pose alors cette question : est-ce que l’on peut toujours parler de « société » si les individus qui la composent passent leur temps à avoir peur les uns des autres et que c’est cette peur qui nous lie ?
Phuc Long Nguyen
Ce témoignage nous a été partagé par le site Co-vies20