
#humansofpandemics. 17.04.2020. Dès que j’ai averti mes voisins, j’ai reçu plusieurs messages de leur part, inquiets pour mon état. Ils étaient nombreux à vouloir proposer leur aide. J’avais toutefois réussi à convaincre un de mes amis de m’apporter les ressources nécessaires à mon isolement quand j’ai eu la confirmation que c’était bien le coronavirus qui m’avait atteint. Mon ami m’apporta donc de quoi tenir deux semaines.
C’était très étrange d’être confronté de cette manière à une connaissance proche. Je suis de nature indépendante en général et ce fut l’une des premières fois que je demandais un service sans pouvoir lui rendre la pareille rapidement. Il s’est déplacé jusque devant chez moi pour m’aider et tout cela sans que je puisse le saluer ou le remercier en face. De plus, j’étais bien conscient que mes voisins avaient peur d’être également infectés (ils n’avaient aucune chance de l’être par moi car je n’ai absolument pas quitté mon appartement près d’une semaine avant ma propre infection). Cela a créé en moi, tout de même, un sentiment de culpabilité.
Le lendemain de mon premier témoignage, ma situation a rapidement évolué. En effet, j’ai ressenti les premiers effets de la fièvre le matin même. En un après-midi, je ne pouvais plus quitter ma chambre car chaque mouvement me demandait un effort incommensurable. Je ne quittais mon lit que pour aller aux toilettes. Je ne pouvais plus manger, mes quintes de toux me faisaient très mal et j’étais pris de bouffées de chaleur importantes. Mes seuls contacts étaient avec mon père, un médecin qui m’appelait quasiment chaque jour et mon amie rentrée dans son pays qui était également malade et se sentait extrêmement coupable. Je ne pouvais plus rien faire durant le pic symptomatique de la maladie. Cela créa un sentiment fort de solitude. Ce pic dura près de quatre jours.
Les jours suivants, je sentais mon état s’améliorer. La toux persistait mais la fièvre diminuait petit à petit. Je retrouvais l’appétit et pouvais à nouveau me déplacer un peu plus dans mon appartement. Je repris contact avec mes autres proches.
Le 1er avril, l’Université a publié sa méthode d’évaluation des examens. J’ai, naturellement, suivi l’annonce de très près. Étant en année propédeutique et ayant changé de filière l’année passée, je me sentais particulièrement concerné par ces nouvelles. Je fus, comme bon nombre de mes camardes, déçu de ces mesures. Bien que je sentais que ma maladie arrivait à son terme, j’avais mis ma vie universitaire entre parenthèses pour me rétablir au mieux et n’avais pas repris le travail avant l’annonce. Celle-ci créa un sentiment d’anxiété ajouté à celui que la situation provoque dans son ensemble à tout le monde. La fermeture des bibliothèques n’aide pas non plus à ma situation car j’avais l’habitude de m’y rendre pour travailler. Malgré le fait que je redoute ces examens, je me suis accordé le temps de me rétablir complètement avant de me remettre au travail.
J’ai eu l’autorisation de quitter mon domicile le 10 avril, après quasiment un mois sans contact réel avec un autre être humain. Bien que cette sortie était déconseillée par le médecin, j’avais vraiment besoin de respirer l’air frais (je n’ai pas de balcon dans mon appartement). J’ai donc attendu le soir pour éviter de croiser des gens et je suis sorti. La chaleur m’a beaucoup surpris (la veille du confinement général j’étais encore à la patinoire) et ne plus être cloîtré pendant un instant m’a fait un bien fou. Je ne pensais pas qu’un jour j’allais ressentir un tel besoin de simplement prendre l’air. Je limite, depuis, les sorties car les médecins ignorent réellement si on peut se faire recontaminer et, surtout, dans un esprit altruiste et la volonté de «montrer l’exemple».
Je me rends rétrospectivement compte que j’ai eu énormément de chance car je suis en bonne forme physique; et malgré cela, j’étais dans un état inquiétant. Après cette maladie, je comprends encore mieux l’importance de toutes les mesures prises et la difficulté que certaines personnes ont à l’affronter.
J’espère qu’au moins, après avoir été infecté par ce virus, j’ai pu sensibiliser mes proches à sa gravité à travers mes témoignages.
Nathan Coudray
Ce témoignage nous a été partagé par le site Co-vies20