
20h59, l’alarme que j’avais mise sur mon téléphone afin de ne pas rater la séance d’applaudissements sonne. La « minute » d’applaudissements ne durant que 60 secondes dans mon quartier – elle résonne pendant 3 minutes dans certaines zones de Lausanne –, je m’assure chaque soir d’arriver quelques instants avant que les acclamations éclatent, afin de ne pas rater une miette de cette effervescence collective qui fait à présent partie de mon quotidien.
J’ai juste le temps de prendre mon verre de vin avant de me diriger sur le balcon pour rejoindre mes voisin·e·s, qui, tellement impatient·e·s que les festivités commencent, sont déjà installé·e·s. Nous bouillonnons tou·te·s d’enthousiasme de revoir nos visages ; nous savons, l’événement ayant été préparé quelques jours plus tôt, que les applaudissements de ce soir ne se limiteront pas à la minute conventionnelle. Nous nous saluons tou·te·s entre balcons plus ou moins éloignés, le sourire s’étendant entre nos deux oreilles.
21 heures sonne.
Par un échange de regards approbateurs et entendus, nous commençons sans tarder la symphonie que forme l’addition des applaudissements qui donnent vie à ma rue. La colocation des jeunes étudiantes qui habitent l’étage au-dessus du mien mettent la musique et lancent les festivités. Grâce à des stéréos dernier cris et à une manœuvre logistiquement incompréhensible, les jeunes étudiantes parviennent à inonder notre rue de musique brésilienne aux airs vacanciers. Il n’aura fallu que quelques jours de coordination pour que nous organisions les festivités de ce vendredi 17 avril, pour que nous sortions tou·te·s notre meilleure bouteille, précieusement mise au frais quelques heures plus tôt. La musique brésilienne, nos rires et les « santé » forment un ensemble mélodieux et intriguent les habitant·e·s des bâtiments placés en bas de notre rue qui, sortant de leur habitation, remontent l’allée afin de contempler le spectacle depuis la rue qui fait face à nos balcons. Heureux·ses d’attirer de nouveaux·elles participant·e·s, nous les saluons depuis notre balcon en les invitant à danser avec nous depuis la rue.
Les minutes deviennent des heures, pourtant, tou·te·s mes voisin·e·s restent fidèles au poste. De gauche à droite, de haut à en bas, j’observe les verres vides se remplir, les paroles de chansons plus ou moins articulées et les lampes de chevet installées sur le rebord du balcon afin de donner un effet « Hollywoodien » au bâtiment. C’est un sentiment de joie intense qui nous emporte. Nous savons tou·te·s que cette petite fête est exceptionnelle et c’est pourquoi nous savourons davantage ce moment de partage, d’unicité et de célébration, comme si les conditions extérieures n’existaient plus. À ce moment précis, alors que je souris à ces visages amicaux qui font face au mien, je pense à remercier mes voisin·e·s. Merci pour cet élan de solidarité envers le personnel, merci pour ce moment de partage, merci de ne plus me réduire à « la voisine du dessous », merci de m’avoir donné le sentiment de ne plus être seule.
Léna Vermeulen
Ce témoignage nous a été partagé par le site Co-vies20