Tout est parti d’un sentiment : la colère. Le 16 mars vers 18h00, mon grand-père est devenu une statistique, celle que je lirais dans les journaux quelques jours plus tard : « 12 nouveaux morts du COVID en Suisse ». À la colère propre au deuil est né une révolte contre les institutions. Celles qui ont fait que l’agonie de plusieurs semaines de celui que j’aimais s’est passée dans la solitude – une visite de 30 min tous les deux jours, une seule personne autorisée – et celles qui ont décrété des mesures rigoureuses pour les enterrements (distanciation sociale, interdiction de la verrée, interdiction de chanter et j’en passe). J’ai voulu témoigner de ça, de cette souffrance, de ma souffrance.

Je suis aussi officiante laïque et c’est moi qui ai officié pour la cérémonie funèbre, cet hommage personnel et intime que je voulais offrir à ce grand-papa qui m’avait élevée comme sa fille. Je me suis mise alors en quête des stratégies qui pourraient nous permettre de contourner les mesures. Ces mesures-mêmes qui ont été mises en place pour éviter que d’autres ne meurent comme toi… mais la colère ne s’embarrasse pas des incohérences.

C’est dans ce contexte que j’ai interviewé Andrès Allemand Smaller, un ami, un professeur, officiant laïque comme moi, qui m’a aidé pour la cérémonie de mon grand-père et qui y a assisté depuis Zoom. Sa bienveillance et son expérience ont apporté cette touche de solidarité tellement bienvenue dans une période où la distance semble être devenue la norme.

Ariane Mérillat