18 juin 2020. Premiers pas hors du métro, qui s’est arrêté à UNIL-Mouline. Au loin, j’aperçois le bâtiment Géopolis qui faisait il y a quelques mois encore partie intégrante de mon quotidien. Une sensation étrange m’envahit, j’avance le pas hésitant. L’accès à l’université est encore restreint à certaines catégories spécifiques de personnes (les membres du personnel enseignant notamment), celles qui peuvent user de leur carte afin d’ouvrir les portes des bâtiments où se trouvent leurs bureaux.
Je passe entre de nouveaux « murs » qui créent un petit labyrinthe dans l’entrée. Ces « murs » n’étaient pas là avant, ils ont surgi avec les travaux d’agrandissement de la cafétéria qui sont en cours. Je frotte le désinfectant mis à disposition sur mes mains certainement salies, voire contaminées par le métro – un geste devenu rituel – et appelle l’ascenseur, direction le cinquième étage.

À l’ouverture des portes de l’ascenseur, je découvre un autre monde ou plutôt le monde que j’ai laissé derrière moi le 13 mars 2020. Un étage entier figé, comme suspendu. Pas après pas, je retrouve chacune des affiches posées à la sortie de l’hiver pour annoncer des conférences qui n’ont, en fait, jamais eu lieu. Ces affiches n’ont jamais été décrochées : elles renvoient l’image d’un départ précipité marqué par l’ignorance de l’envergure disruptive de l’évènement menaçant. Tout me revient : les livres que l’on a glissés dans notre sac histoire « de ne pas devoir revenir », un, peut-être deux, en tout cas pas assez pour tenir le confinement sur toute sa durée. Sur mon bureau, des notes prises rapidement lors d’un rendez-vous avec des étudiantes. Impossible de me rappeler aujourd’hui à quoi elles font référence, et de toute manière, cela n’a plus d’importance : les travaux seront rendus demain. Tout apparait comme si nous avions vécu une catastrophe mondiale, que je retrouvais les vestiges d’une vie passée qui avait dû être brutalement laissée derrière nous. « Comme si. »
Célia de Pietro, assistante-doctorante à l’Université de Lausanne
Ce témoignage nous a été partagé par le site Co-vies20