#humansofpandemics. 25.03.2020. Bien que prévisibles, les toutes premières mesures prises par la Confédération ont bouleversé le fonctionnement entier de notre société. Nous qui, en Suisse, étions toujours habitués aux libertés individuelles, nous voici enfermés chez nous et limités dans nos déplacements. Depuis le confinement, mon rythme de vie a drastiquement changé : je vais me coucher plus tard, je me réveille plus tard. Le journal télévisé du 19h30 est devenu un rendez-vous quotidien pour moi, étant presque le seul lien qui me relie avec l’extérieur depuis maintenant près de deux semaines, après cette décision, volontaire, de limiter les risques en restant seul dans mon appartement. 

Seulement voilà, bien naïvement et (probablement) poussé par la solitude, je me suis pris à inviter chez moi une amie rencontrée sur le campus et qui devait se faire rapatrier dans son pays. J’étais conscient des risques encourus mais je me disais que ça ne pouvait pas me tomber dessus, c’était la seule personne que j’ai rencontrée durant le confinement. Deux jours plus tard, durant la soirée de dimanche, je me suis vu pris de quelques quintes de toux. Je pensais à une toux passagère. Le lendemain, à mon réveil, je reçois un message provenant de cette amie, paniquée, me disant qu’elle avait dû se faire tester pour le Covid-19 car elle manifestait des symptômes inquiétants. Le délai avant le résultat était de trois jours et j’avais juste assez de réserves de nourriture pour tenir jusqu’à celui-ci sans sortir de chez moi. Ce matin, après une nuit courte à cause de maux de tête, je me fais réveiller à 7h par un appel. C’était mon amie qui me contactait pour me prévenir qu’elle était testée positive. Le doute n’était donc plus présent pour moi, je l’étais aussi.

Je me suis empressé de m’informer sur les démarches à suivre afin d’éviter de commettre des erreurs et de contaminer, à mon tour, d’autres personnes. J’ai pu, après des heures de recherche, trouver un ami pour m’amener des stocks de nourriture. J’ai essayé à plusieurs reprises de contacter la hotline qui sonnait tout le temps occupé.

J’ai prévenu mes voisins d’immeuble en affichant un mot sur ma porte, dans une volonté de transparence avec eux. J’ai donc pris la décision d’abandonner mes essais d’appel à la hotline et d’attendre, non moins sans appréhension, une éventuelle progression des symptômes pour pouvoir contacter quelqu’un. Mon confinement s’est vu bouleversé depuis que j’ai su que j’étais touché par ce virus. J’ai remarqué un élan de solidarité dans mon voisinage. Certains voisins, par exemple, avec qui je n’avais jamais échangé plus qu’un “bonjour” auparavant m’ont appelé pour prendre des nouvelles et pour manifester leur présence si besoin. Mes quelques amis au courant m’envoient des mots d’encouragement.

On peut dire que, paradoxalement, l’isolement rapproche (pas seulement dans mon entourage mais également au niveau national, voire même, mondial). Ce qui a également changé depuis ce matin est la prise de conscience de la “sériosité” de ce virus. A force d’entendre le mot “coronavirus” à longueur de journée on se sent prêt à l’affronter si d’aventure, il devait nous toucher. On croit qu’on prend toutes les précautions nécessaires pour ne pas être infecté. Toutefois, c’est loin d’être le cas. Ce qui m’a le plus surpris, c’est le fait d’avoir rencontré une seule personne et que cela ait suffi à me contaminer. Cette amie est rentrée dans son pays sans être au courant de son état de santé librement et en exposant plusieurs personnes sans même s’en rendre compte. 

Bien qu’étant calme de nature, capable de relativiser et ne faisant pas partie des groupes à risque, je redoute quand même cette nuit, demain ou un autre jour quand le virus pourrait se manifester de manière plus sévère.

Faites attention à vous.

Nathan Coudray

Ce témoignage nous a été partagé par le site Co-vies20